Vive la musique libre, à bas les droits d’auteur !

Comme expliqué dans la page «à propos», mon requiem sera publié sous licence libre. Concrètement, ça veut dire quoi ?

1) D’abord, n’importe qui aura le droit de copier tout ou partie de ma partition. Et surtout, n’importe qui pourra la jouer, où il veut, quand il veut, sans me demander d’autorisation.

2) Ensuite, n’importe qui peut modifier ma partition. Dans ce cas, la licence impose que l’œuvre ainsi créée reste libre. Accessoirement, ça signifie que si je n’arrive pas à la terminer, quelqu’un peut le faire à ma place (sans attendre d’autorisation des ayants droits).

3) Enfin, n’importe qui peut distribuer et/ou vendre ma partition. À condition que l’œuvre reste libre, évidemment.

À première vue, on a surtout l’impression que l’usager est bien plus avantagé que l’auteur-compositeur. Certes. L’avantage, c’est que la diffusion de la musique est grandement encouragée par une licence libre. Alors qu’elle est prohibée par les autres licences. Cela dit, ça n’empêche pas que les musiques non-libres soient piratées ; mais c’est un autre débat.

Mais le problème de la rémunération du compositeur reste entier. Qu’on ne se voile pas la face : même si je publiais ma musique sous copyright, je ne pourrais pas vivre de ma musique. Dans notre beau système (chapeauté par la SACEM), seuls quelques compositeurs, hyper-talentueux (ou simplement veinards) voient leur musique percer et sont joués dans les salles de concert. Ils y travaillent nuit et jour depuis leur enfance, ont suivi des formations très pointues dans les meilleurs conservatoires et même souvent une autre activité musicale en parallèle (musicologues, chefs d’orchestre, instrumentistes, etc.). Bref, les compositeurs de musique dite classique n’existent presque pas. Donc, vouloir vivre de ses compositions est absurde pour le commun des mortels. Alors quoi ? Arrondir ses fins de mois en vendant sa musique ? D’accord, mais à quel prix pour les auditeurs, pour les interprètes ?

Système de merde

Non, je ne crache pas sur les droits d’auteur par amertume ou parce que je suis exclu d’avance de ce système ultra-sélectif. Non ! Je critique ce système parce qu’il marche sur la tête.

Si je veux jouer une partition de Ravel en concert, je dois payer deux fois la SACEM : quand j’achète mes partitions et quand je donne le concert. Et à qui va cet argent ? Aux ayants droits. Aux héritiers de Ravel, qui est mort en 1937. Au nom de quoi un type qui n’a pas composé une note dans la partition que je veux jouer peut-il prétendre à me taxer ? C’est du racket, tout simplement. Sans parler de l’argent que la maison d’édition se met dans la poche.

Maintenant, même si l’auteur est encore vivant, j’affirme que c’est tout aussi choquant. Son travail mérite salaire, certes. Mais qu’on le rémunère jusqu’à sa mort par petites touches pour une œuvre qu’il a composé plusieurs dizaines d’années auparavant, c’est pour le moins étrange. On ne voit ça que chez les artistes. Prenons l’exemple d’un sportif : un footballeur n’est (normalement) pas rémunéré pour les buts qu’il a marqué dix ans plus tôt mais bien plutôt pour les buts qu’il va marquer dans la saison.

Tout ça est bien beau me direz-vous, mais comment rémunérer un compositeur si on ne le paye pas a posteriori pour ses créations ? Eh bien, la réponse est très simple : il faut le rémunérer comme un architecte ! Ou comme un sportif. C’est-à-dire a priori. Je m’explique.

Compositeur salarié ? Revenu d’existence ?

Si je veux vivre de mes compositions, il faut que je trouve un employeur qui me paye pendant que j’écris de la musique. Si tout le monde pense qu’il est important que de la musique nouvelle soit composée, alors on peut même envisager que l’État recrute des compositeurs sur concours. Il le fait bien pour ses enseignants.

Comment ? Un compositeur salarié ? Fonctionnaire ? Quelle horreur, quelle perversion ! À ceci je répondrais : aujourd’hui, les artistes sont des marchands et doivent vendre leurs œuvres pour vivre. Personnellement, je préfère considérer une œuvre plutôt comme un travail que comme une marchandise.

Pour les autres compositeurs, deux choix :

  1. soit ils trouvent un mécène privé. Évidemment, sans droits d’auteur et sans propriété sur les œuvres produites…
  2. soit ils n’en vivent pas. Mais dans ma société idéale, on pourra quand même composer de la musique sans en vivre. D’abord, en réduisant le temps de travail de tous les travailleurs. Ensuite, pour ceux qui veulent s’y consacrer pleinement, il y a aura un revenu d’existence.

Vous voyez, j’ai tout prévu ! Honnêtement, je ne comprends pas qu’avec un tel programme on ne m’ait pas encore appelé pour occuper le poste de ministre de la culture.

Voilà, vous l’avez compris, je m’engage à renoncer à toute propriété sur le requiem que je compose (et sur mes œuvres futures d’ailleurs). Vive le domaine public, vive la musique libre, à bas les droits d’auteur !

3 réflexions au sujet de « Vive la musique libre, à bas les droits d’auteur ! »

  1. Texte intéressant dont je rejoins l’idée en grande partie. Ta musique aussi est intéressante, même si pas mise en valeur par les sons (mais il s’agit de maquettes, je serai curieux d’écouter ça par de vrais instrumentistes).

    1. Merci pour tes remarques. Pour le rendu sonore de la partition, j’utilise une soundfont (crisis 1.8 de Bismuth Network, qui a le bon goût d’être libre). Comme tu l’as dit, avec des instrumentistes, ce sera autre chose. C’est pour cela que je ferai une orchestration, une fois que j’aurais fini de tout esquisser. Il faut que ça puisse être joué pour de vrai.

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