Deux propositions de textes pour le «Non Credo»

Deux tentatives de réécriture du «Non Credo». Dans les deux cas, il s’agit d’un dialogue entre le chœur et «l’Homme», chanté par un ténor (comment dans la première ébauche de ce mouvement). La première proposition est plus imaginée, la seconde plus directe. La première plus concise, la deuxième plus exhaustive. Bref, il va falloir choisir.

4 réflexions au sujet de « Deux propositions de textes pour le «Non Credo» »

  1. J’aime beaucoup la poésie des étoiles du premier texte. Le second texte me parle plus car il y est question d’une vie remplie d’actions même si de doutes…Bref, je ne saurais choisir ! 😉

  2. Les deux textes me plaisent… le second me paraît peut-être plus intéressant à mettre en musique parce-que ça fonctionne plus comme un dialogue avec deux points de vue distincts, il me semble plus théâtral…

  3. Relisant, je trouve le premier texte très poétique, peut-être même plus réussi. La dernière phrase est rigolote : ça finit par un doute sur ce qui est dit depuis le début… Et puis, ça peut évoquer la question « qu’est-ce qu’on est tout seul? »… et met plus l’accent sur le doute. Pour le second texte, j’aime l’opposition plus forte entre le chœur et le soliste (quitte à avoir plusieurs chants… bien-que, pour une opposition moins marquée, ça dépend de la musique).

    Mais j’avoue qu’un aspect, dans le deuxième texte il me semble, me plaît moins : c’est l’idée que l’espoir, la prière et la croyance sont superflues. Pardonne moi d’insister sur ce point. J’espère ne pas être lourd…

    Venant récemment de perdre un copain, et comme celui-ci avait la maladie des os de verre (mêmes symptômes que le pianiste Petrucciani), je me l’imagine volant dans les airs, nous saluant depuis les nuages rosis par le soleil couchant. C’est comme ça que je le vois, parce-que c’est comme ça qu’il est dans mon cœur. Et si la vie n’est que transpiration, ongles qui poussent, le sang qui circule, alors cette personne n’est plus. Mais si la vie ce sont des idées, des émotions, de la chaleur dans le cœur, alors je t’assure que, en dépit de ce que pourraient dire la médecine et la science, cette personne est dans les nuages et sourit à ses amis. « C’est fini » a une signification qui ne rend pas compte de toute la réalité. Laquelle pourrait en rendre compte d’ailleurs? Il n’existe aucun test de la réalité qui soit indépendant du modèle. On ne peut faire parler des faits qu’avec un point de vue, un point de vue intellectuel, un point de vue théorique. Quelqu’un m’a affirmé que notre soleil va grossir, que la Terre en sera aspirée et que ce monde va finir : n’est-ce pas une croyance? Car est-ce que les objets célestes se sentiraient mourir? Qu’est-ce que la fin de la Terre? Pourquoi ne serait-ce pas le début d’autre chose?

    Mais, considérant le temps comme de l’espace, de la masse et de l’énergie, voyant qu’il est déjà 3 kilomètres, 20 grammes et 10 volts et demi, je dois m’en aller (bien-que, du point de vue quantique, la position de mes électrons n’est pas si sûres… détail qu’il m’arrive même parfois de ressentir!) Enfin, avec tout ça, je ne vais pourtant pas cesser de mettre le nez dehors!

    Tant qu’on vit, comme un peu tout le monde je crois, de son mieux, si ce qu’on fait est bien, qu’importent les motivations? Et si on s’est trouvé, est-ce qu’on n’est pas perdu?! Une boussole ne sert pas forcément à rejoindre le Pôle Nord. Et même :

     » Trissotin : Le savoir garde en soi son mérite éminent.
    Clitandre : Le savoir dans un fat devient impertinent.  » (Molière, Les Femmes Savantes)

    1. Très belle contribution, merci Dadamax. Comme d’habitude, ça m’oblige à réfléchir. Tu m’interpelles sur ma critique du «croire et espérer». Il me semble que ces deux attitudes, si elles permettent à tout un chacun de trouver un certain équilibre (face à l’absence de certitude et face à l’impossibilité de prévoir le futur), elles ne peuvent être qu’un état transitoire. L’attitude qui consiste à questionner régulièrement ses croyances est saine parce qu’elle permet de garder une construction mentale ouverte au champ des possibles. «Je crois mais peut-être que je me trompe.» De là, soit je cherche (par mes lectures, par mes réflexions, par des discussions, par des expérimentations), soit j’admets que je ne sais pas. Ou bien je continue à «croire que…».
      L’espoir relève du même processus mental : «je ne sais pas mais j’espère que». Cette attitude permet d’évacuer une angoisse et se concentrer sur son présent. Mais elle a deux effets pervers. D’abord, elle nous dessaisit d’une partie de notre futur. «J’espère que l’accord de la COP21 sera appliqué». Et on évacue le problème en haussant les épaules, sentant confusément que ça nous dépasse. Non ! Si ça compte pour moi, alors je m’intéresse, je me renseigne et éventuellement, je fais pression pour que. Cesser d’espérer, c’est ré-enraciner le futur dans le réel présent ; et se souvenir que ce sont mes actions qui façonnent le réel et donc le futur. Le deuxième effet pervers, c’est que là où il y a de l’espoir, il y a potentiellement du désespoir.
      Prenons un exemple simple, celui du militantisme. J’ai été militant (politique et syndical) avant mon long voyage. J’étais entouré de gens remarquables, intelligents, généreux, motivés. Mais aussi pétris de croyance et d’espoir. Nombreux sont ceux qui croient et espèrent que la permanence de leur mouvement, de leurs idées, de leurs mots («prolétaires», «communisme», «lutte des classes») et de leurs modes d’action (grèves, manifestations, distributions de tracts, etc.) suffira à préparer un monde nouveau (qu’il émerge via un «grand soir» ou par «transition démocratique»). Or, que constate-t-on ? Que ce «monde nouveau» s’éloigne d’année en année. Le désespoir s’installe, les effectifs militants s’érodent et ceux qui restent s’aigrissent. Chaque élection me déprimait un peu plus, chaque rentrée (car, oui, j’étais dans l’Éducation Nationale) me désespérait un peu plus : les effectifs d’encadrement et les moyens continuent à fondre malgré les journées de grève de l’année précédente, les pétitions, etc.
      Bref, il m’a fallu beaucoup de temps avant de réussir à questionner ce que je considérai comme un héritage moral. Peut-être que tout ça marchera un jour. Peut-être pas. En tout cas, je m’épuise et je désespère. Il est temps de passer à autre chose. Je veux une société meilleure, plus autonome, plus horizontale, plus solidaire, moins consumériste, plus épanouie ? Et si je faisais un pas de côté, le temps de réfléchir, le temps de me doter d’outils qui me permettront de construire un futur différent ? Et ça m’a permis de démissionner de l’Éducation Nationale. Car penser que le bonheur et l’épanouissement ne se trouve que dans le cadre d’un emploi, c’est aussi une croyance ; ce n’est pas à toi que je vais l’apprendre…

      Merci pour tes réflexions !

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