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Les ébauches, c’est fini !

J’ai enfin terminé d’ébaucher le deuxième mouvement (pour la deuxième fois, hein !), ce qui fait que la première phase de composition de ce requiem est officiellement terminée ! Alleluia ! Pour les gourmands qui souhaitent tout réécouter :
1er mouvement : «Introït»
2ème mouvement : «Non credo»
3ème mouvement : «Scherzo»
4ème mouvement : «La colère de l’Homme»
5ème mouvement : «Final»

Mis bout à bout les 5 mouvements totalisent un peu plus de 45 minutes de musique, ce qui me semble être une bonne durée : ça prend suffisamment son temps pour inviter l’auditeur à s’installer dans l’œuvre sans être trop intimidant pour le néophyte. Il se peut que je ralonge le 5ème mouvement, histoire de lui donner un poids comparable à celui de ce 2ème mouvement. On verra bien.

L’étape suivante, c’est l’orchestration de l’ensemble, afin de rendre la partition jouable. Concrètement, il s’agit de décider qui joue quoi/qui chante quoi. Orchestrer, ça demande de connaître un minimum de choses sur la façon de jouer de chaque instrument et sur la façon d’associer les timbres entre eux. Et là, j’ai vraiment tout à apprendre ! Honnêtement, je vais avoir besoin d’aide pour cette étape…

«Ni de prière» - Accompagnement en notes répétées et apparition de valeurs longues aux cordes
«Ni de prière» – Accompagnement en notes répétées et apparition de valeurs longues aux cordes

En attendant, quoi de neuf dans les dernières mesures composées ? En comparant avec la première ébauche, vous constaterez que la fin du mouvement est identique. J’ai donc surtout eu à aménager une transition. Je réutilise le thème en notes répétées sous l’énoncé des 3 «ni» («Je n’ai besoin ni d’espoir, ni de croyance, ni de prière») et j’anticipe la dilation temporelle en allongeant les valeurs des cordes. D’accord, les fins des autres mouvements sont autrement meilleures que celle-ci mais je commence à fatiguer un peu. Après tout, ça fait maintenant 3 ans que j’ai débuté la composition de ce requiem…

Toute critique, toute suggestion, tout éloge dithyrambique bienvenus…

La seule certitude…

«Je n'ai qu'une certitude» chante le ténor.
«Je n’ai qu’une certitude» chante le ténor.

…dans ce requiem, c’est que le ténor aura beaucoup à chanter ! Certes, ses interventions sont très réduites au début de ce deuxième mouvement, mais le solo final prend des proportions inattendues. Et depuis que j’ai abandonné les thèmes que chœur et le ténor s’opposaient, je suis de nouveau devant des pages blanches. Comme mon travail est très morcelé (je compose une heure par semaine, rarement plus !), je dois faire attention de ne rien sacrifier à l’homogénéité stylistique en écoutant et réécoutant ce que j’ai composé précédemment.

Il est très probable que le prochain export soit le dernier. En attendant, vous pouvez écouter ce que je viens de composer ici :

Calme révolte

mais je me relève
À l’orchestre, reprise des deux premières mesures du mouvement, légèrement transformées.

La sobriété du matériau musical utilisé pour ce mouvement a une conséquence que je n’attendais pas : sur la durée, on a l’impression d’une certaine circularité de la forme. Les motifs se répètent, mais jamais à l’identique. Ce qui crée la sensation qu’ils sont constamment réécrits, jamais présentés dans leur état définitif. J’avais peur de lasser l’auditeur mais finalement je pense pouvoir l’accrocher, l’enivrer, le retenir captif de ces rythmes sans cesse ressassés.

Néanmoins, le travail de réduction du texte s’est encore poursuivi ces derniers jours. La dernière intervention du chœur a été réécrite : sa dernière mise en garde concerne l’incertitude. Ce que la foi, l’espoir, le dogme bannissent par dessus tout. Ainsi sont énoncés par le ténor les deux vertiges existentiels de l’Homme libre : sa douleur et son doute. Le mouvement se termine par un message qui m’est personnel, il est normal que le ténor seul le chante et que le chœur se taise. La piste que je suggère est une parmi d’autre. Que d’autres voix s’y agrègent et je serai confirmé dans mes choix. Mais il ne faut forcer personne.

Il me reste donc à écrire le monologue final. Je m’arrête aujourd’hui après les premiers mots du ténor «Je trébuche mais je me relève», ce qui m’évitera de démarrer face à une page blanche demain…

Pour écouter le mouvement en cours de composition :

Et pour télécharger la partition : voir la page du 2ème mouvement.

Rien ne se perd, tout se transforme

"Et me fait Homme"
« Et me fait Homme »

Il y avait dans la première mouture de ce deuxième mouvement un passage que j’affectionnais particulièrement : l’impétueux solo de ténor, au début de la partition. Dans la nouvelle version, la révolte du ténor arrive bien plus tard mais l’esprit reste le même. J’ai simplement fait un copier-coller de ce passage dans la nouvelle partition. Puis j’ai écrit une courte transition et j’ai modifié la partie du ténor pour lui faire chanter les nouvelles paroles. C’est d’ailleurs troublant d’entendre comme les paroles «et me fait Homme» tombent parfaitement sur la modulation des mesures 132 et 133. Mais la musique que j’avais écrite ensuite ne peut plus épouser le nouveau texte : l’adaptation s’arrête là.

J’ai supprimé deux strophes du texte, celles qui faisaient référence au jugement par une autorité supérieure. Pour deux raisons. D’abord parce que ça réduit la critique aux religions monothéistes. Or je préfère dénoncer la croyance (et son bras armé : l’espoir) sous un aspect plus général. Ensuite parce que je trouve que cette première partie est déjà assez longue comme ça : 7 minutes, c’est déjà beaucoup ! Pas de regrets : ce début de mouvement s’appuie sur un matériau thématique finalement assez restreint et j’ai l’impression de l’avoir suffisamment exploité.

De même, il est bien possible que le dernière échange entre le chœur et le ténor (autour de la peur de l’inconnu) soit aussi réécrit : c’est un peu long tout ça. Afin de maintenir un certain équilibre entre les mouvements, je préférerai ne passer dépasser 12 minutes de musique. Or j’en suis déjà à plus de 8’20 »… Pour mémoire, mon précédent jet atteignait déjà 10’12 »…

Pour écouter la chose, comme d’habitude :

  • soit le lecteur intégré :
  • soit la page du Non Credo (pour télécharger la partition, notamment)

Toujours un peu plus loin dans la séduction

pour vivre éternellement
«L’Homme bon est élu pour vivre éternellement.» dit l’Espoir (le chœur)

L’Espoir gagne des points dans le cœur de l’Homme souffrant. Chacune de ses interventions versent du miel dans les oreilles de celui qui l’écoute. «L’Homme bon est élu pour vivre éternellement». En finir avec la finitude, avec l’incertitude. Voilà l’Espoir suprême. Et pour l’instant, notre ténor ne peut s’empêcher de constater : «cette idée trouve place en mon cœur»…

À écouter sur la page du 2ème mouvement (où vous trouverez aussi la partition) ou avec le lecteur ci-dessous :

Et si vous avez bonne oreille, vous constaterez que les mesures précédemment écrites ont reçu quelques améliorations ici et là…

Et l’espoir se fait oracle

aperçu du futur
«Je t’offre un aperçu du futur»

Après la plainte du ténor (dont je ne suis pas entièrement satisfait, d’ailleurs), la réponse du chœur est immédiate : «je t’offre un aperçu du futur».  Tout est mis au service d’une séduction des sens et de l’esprit : des accords consonants, évoluant de façon chromatique, des gammes par ton, un univers sonore privilégiant l’aigu, etc. L’annonce d’une vie postérieure à la mort est faite «a capela».

Plainte du ténor

toutes ces belles années
«Toutes ces belles années que nous avons passées ensemble.»

On ne va pas se mentir : ce n’est pas dans ces mesures qu’on s’amuse le plus. Cette lamentation du ténor me demande beaucoup de prudence : il faut que ça sonne vraiment triste mais pas larmoyant. J’opte pour un tempo assez allant, soutenu par le motif lancinant du piano. La noirceur du discours me suggère une harmonie plus ouvertement atonale qu’ailleurs.

L’entrée du chœur qui suit («Ce que je peux pour toi ?») est provisoire (même si elle ne me déplaît pas).

Parce que 30 secondes, c’est 30 secondes !

«Appelle-moi espoir»
«Appelle-moi espoir»

Je sais bien que je pourrais attendre un peu plus entre deux articles, surtout que je suis à peu près sûr de pouvoir composer bref tous les jours de cette semaine. Mais non ! Je publie quand même mes trente secondes de musique du jour !

Le chœur achève tranquillement de se présenter, se comparant au soleil qui perce les nuages. Le tempo s’élargit et le mot est lâché : «l’espoir» sera l’interlocuteur de l’Homme endeuillé dans ce long duo.

Ne pas avoir peur … de recommencer encore !

J'entends une voix
«J’entends une voix» : le ténor fait son entrée.

Quelques jours après mon précédent export, je retourne à la table de composition. Et là, je ne comprends plus du tout ce que j’ai écrit. Tout sonne étrange, tarabiscoté, ennuyeux. Pas la peine de perdre du temps avec ça, je crée un nouveau fichier et je recommence à zéro. Enfin, pas tout à fait ! Pour cette nouvelle mouture du deuxième mouvement, je vais utiliser les premières mesures de la première version que je vais relier avec l’entrée du chœur de la 2ème version. Ça marche étonnamment bien, même si quelques réajustements sont nécessaires.

Je laisse quelques jours s’écouler avant de reprendre ma copie, afin de vérifier que ça me convient dans la durée. C’est le cas ! Du coup, j’enchaîne tranquillement sur la première intervention du ténor («J’entends une voix») et je m’arrête au moment où le chœur répond à sa demande. Normalement, je ne devrai plus avoir à retoucher ces deux premières minutes de musique.

Premières notes du nouveau «Non credo»

Viens à moi
«Viens à moi !» – L’entrée du chœur perturbe le mouvement de l’introduction.

J’ai l’honneur de vous annoncer que la réécriture du 2ème mouvement a bien commencé ! Vous pouvez vous rendre sur la page du 2ème mouvement pour l’écouter et télécharger la partition.

Finalement, après quelques tergiversations, j’ai opté pour le deuxième texte : il est vraiment plus complet et s’attaque de front à la racine de toute religion (qu’elle soit l’une des grandes monothéistes ou celle que diffuse le capitalisme par sa petite musique quotidienne) : la soumission par l’espoir. L’espoir d’une immortalité pour l’Homme bon, l’espoir de vivre heureux si on travaille beaucoup, etc. Il valorise la souffrance et le doute, ce qu’on entendra assez peu dans notre société où tout besoin doit être immédiatement satisfait, où la souffrance se soigne avec des anxiolytiques, où le «je crois que» remplace la curiosité.

Qu’y a-t-il à entendre dans ces deux minutes de musique ? Comme dans la première version du «Non credo», il y a une introduction instrumentale. Cette fois-ci, elle installe un climat calme et méditatif qui contrastera avec l’exaltation de la fin du 1er mouvement («Introït»). L’entrée du chœur bouleverse tout et introduit une touche fantastique à l’ensemble. Les motifs serrés des cordes illustrent l’angoisse existentielle à laquelle toute mort renvoie.