Sous le capot : composer avec des logiciels libres

Lorsque j’aurais terminé l’orchestration de mon requiem (ce qui ne saurait tarder), je pourrais me vanter d’avoir créé une œuvre libre, au moins pour deux raisons. D’abord et surtout parce que sa licence finale est libre ; il s’agit de la licence CC-0, qui offre à l’œuvre un statut comparable à une œuvre du domaine public. Ensuite parce que je n’ai utilisé que des logiciels libres pour composer. Profitons d’une petite pause avant le grand marathon final pour vous présenter ces logiciels.

  1. Musescore 2.1, mon logiciel de composition

    Musescore : c’est le logiciel que j’utilise pour saisir les notes, mettre en page la partition et l’exporter en pdf. C’est un logiciel simple d’utilisation, où on n’a pas besoin de lire une tonne de notices avant de se lancer (contrairement à l’un de ses concurrents les plus fameux : lilypond). Autre gros atout : Musescore fonctionne sous GNU/Linux, MacOS et Windows. De telle sorte que si un jour quelqu’un a besoin de reprendre la partition depuis la source, c’est tout à fait faisable, même sans avoir Linux d’installé sur son ordinateur.

  2. Sonatina Symphonic Orchestra : ce n’est pas un logiciel, mais c’est la banque de sons que j’utilise pour jouer les notes. Honnêtement, c’est un peu le point faible de ma configuration. Cette banque est la meilleure banque libre existante mais… elle n’est vraiment pas terrible. Le plus gros reproche que j’ai à lui faire, c’est que certains instrumentistes ne tiennent pas leurs notes… Et puis, le son des trompettes, c’est vraiment pas trop ça…
  3. JSampler, l’interface de LinuxSampler, le logiciel qui gère ma banque de sons

    LinuxSampler (et son interface JSampler) : j’aurais pu me contenter d’utiliser Musescore, y compris pour jouer la musique, mais malheureusement, Musescore gère encore mal la banque de sons que j’utilise (à cause de son format SFZ). Du coup, je charge la banque de sons avec LinuxSampler. Musescore offre une sortie Midi différente pour chaque piste (et même 3 sorties pour chaque pupitre de cordes : arco, pizz, tremolo). Je demande à LinuxSampler une piste stéréo pour chaque pupitre et il le fait sans sourciller. Seul problème : c’est très long à configurer.

  4. Ardour, logiciel de mixage

    Ardour : ce logiciel me permet d’enregistrer et de mixer les sons qui sortent de LinuxSampler. Pourquoi mixer ? Un exemple : un crescendo sur une note tenue dans un pupitre de violoncelles. J’ai beau l’écrire dans Musescore, le crescendo ne sera pas joué (en Midi, toutes les notes sont à volume constant, c’est un des défauts de cette norme). Avec Ardour, je peux modifier le volume de chaque voix au cours du temps. Et en plus, c’est Ardour qui gère ma réverbération et qui fait les exports sonores.

  5. QjackCtl, l’interface de Jack, le logiciel de «patch».

    Jack (et son interface QjackCtl) : ce logiciel génial se charge de récupérer tous les flux sonores et tous les flux midi qui sortent et qui rentrent dans les logiciels ci-dessus. Charge à moi de les relier correctement (Musescore envoie du midi à LinuxSampler, qui envoie du son à Ardour, qui envoie du son à ma carte son). Concrètement, c’est le premier logiciel que je lance lorsque je me mets en mode «orchestration», le soir en rentrant du boulot 😉

J’ai bien conscience que la plupart d’entre vous ne liront pas cet article, mais je pense que ça pourra servir d’exemple un jour à un compositeur amateur qui voudrait se lancer dans une configuration libre.

Et pour en savoir plus, un seul site en guise de Bible : http://linuxmao.org : des tas de tutoriels et une communauté hyper-sympa.

L’orchestration du 4ème mouvement est terminée !

Cliquez sur l’image pour télécharger la partition

Ou du moins, elle est prête pour une relecture par plus compétent que moi ; c’est que je j’appelle une version bêta 2. Depuis la version bêta 1, que j’ai publiée à la fin du mois dernier, j’ai relu chaque voix, ajouté des nuances et des articulations et effectué la mise en page. Rien de très glamour mais c’était un travail indispensable pour permettre à cette partition d’être jouée un jour.

Beaucoup de notes…

Cette orchestration m’a pris pas mal de temps, contrairement au 3ème mouvement : il y avait tout simplement beaucoup plus de notes à rentrer ! L’orchestre est au complet et les cuivres ont enfin beaucoup de choses à jouer. Les percussionnistes ont aussi pas mal à faire… Et partout des doubles-croches en cascade, des arpèges, des bariolages, de l’agitation fébrile !

J’ai pris beaucoup de plaisir à retrouver ce mouvement ! J’avais terminé les ébauches en juillet 2014, à bord du cargo qui m’emmenait en Amérique du Sud pour 15 mois d’aventure avec ma compagne ! Mais au delà de l’aspect sentimental, il y a pas mal de belles pages dans cette Colère de l’Homme. C’est d’autant plus satisfaisant que le texte n’est pas vraiment un cadeau…

Maintenant, je vais pouvoir m’attaquer à l’orchestration du final ! Ah ah ! Préparez-vous : ça va chanter à plein poumons !

Pour écouter un export audio du 4ème mouvement :