Deux propositions de textes pour le «Non Credo»

Deux tentatives de réécriture du «Non Credo». Dans les deux cas, il s’agit d’un dialogue entre le chœur et «l’Homme», chanté par un ténor (comment dans la première ébauche de ce mouvement). La première proposition est plus imaginée, la seconde plus directe. La première plus concise, la deuxième plus exhaustive. Bref, il va falloir choisir.

Quelques idées avant la réécriture du «Non credo»

Je l’avais déjà annoncé sur ce blog : j’ai décidé de réécrire le deuxième mouvement («Non credo»). Le texte prête trop facilement le flanc aux critiques, et je suis régulièrement obligé de développer ma pensée pour la développer.

La critique la plus fréquente est celle qui dit que ce texte est aussi dogmatique que les religions peuvent l’être. Et pour cause : j’ai voulu emprunter au style du Credo liturgique pour mieux m’en moquer. Mais vu l’ampleur du projet, c’était finalement un peu mesquin.

Cette fois-ci, je commence par réfléchir avant de me lancer tête baissée l’écriture du texte.

D’abord, que doit dire ce mouvement ?

  1. Dans le mouvement précédent («Introït»), on a pleuré la disparition d’un proche. La mort est là, présente, tangible. Mort immédiate de ceux qui ont disparu, morts à venir de mes proches et de moi-même. Le désespoir traverse mes pensées : à quoi bon ? Pourquoi pas m’allonger ici et me laisser mourir ? Pourquoi pas commettre toutes les infamies puisqu’elles ne seront punies que dans cette vie et de façon plutôt clémente ? Car oui, affronter la mort, le vide d’après la vie, c’est quelque chose qui est commun à tous les athées. Il y a donc là un premier message important : il va me falloir affronter ma finitude, ainsi que celle de mes proches.
  2. Conséquence importante : je n’attends aucun jugement dans l’au-delà. Je suis responsable de mes choix moraux devant l’Humanité (donc, devant l’Histoire) et devant moi-même.
  3. Croire pourrait m’apporter un réconfort. Mais à quel prix ? Au prix d’une aliénation terrible : celle de ma capacité à douter. Croire sélectionne un possible parmi d’autres et m’interdit de le questionner. «C’est ainsi» dit le texte sacré. Et ce n’est pas seulement un problème pour ma connaissance du réel. Ça me pose aussi un problème moral : si les choses sont réellement «ainsi» (c’est-à-dire décidée par une entité transcendante), si le futur est «ainsi» (c’est-à-dire déjà écrit), alors quelle est ma responsabilité dans ce qui est et dans ce qui sera ? Ainsi je ne crois pas, je doute et je cherche ; je n’espère pas, j’agis. Maintenant. Aujourd’hui.
  4. La mort est là, des gens s’éteignent tous les jours. Certains d’entre-eux auront marqué leur entourage, leur communauté, leur temps et me légueront en héritage leurs réalisations, leur pensée, leur souvenir. Et moi aussi, je léguerai quelque chose au monde. D’autres m’ont donné la vie et d’autres ont fait le monde comme il est aujourd’hui. Je suis un maillon vivant de cette chaîne de transmission. J’insiste : je suis un maillon vivant, pas une machine qui reproduit sans réfléchir. Je regarde, j’éprouve, je teste, je doute, je sélectionne, j’améliore. Et surtout, je travaille. Je prépare par mon travail l’héritage que je laisserai au monde, qui est à la fois ma matrice et mon fruit.

Bon. Je sais ce que je veux dire. Reste à écrire quelque chose qui sonne bien et qui se chante bien.

Final : c’est fini !

Début du dernier thème «des chants et des danses»
Début du dernier thème «des chants et des danses»

Il m’aura fallu une grosse semaine de traversée en bateau de l’Atlantique pour trouver le temps et la concentration nécessaire pour terminer ce final ! Pour l’écouter, soit vous allez sur la page du mouvement (où vous trouverez en plus la partition en pdf), soit vous tentez votre chance avec le lecteur ci-dessous :

Comme prévu, le thème lié à la danse a été réécrit pour lui donner un faux air de valse joyeusement bruyante. Le dernier paragraphe

Des chants et des danses qui font tournoyer le monde
Du tournoiement joyeux des révolutions

est traité de façon énigmatique, quasi fuguée. C’est typiquement le genre de passage qui me demande énormément d’efforts et de patience pour trouver l’harmonie juste. J’ai tâtonné pour chaque accord, faute de bagage théorique suffisant. À ma grande surprise, ce passage débouche naturellement sur un do majeur majestueux, où je ré-expose le thème principal du 1er mouvement. Et là, sans effort particulier, ça module vers sib majeur, la tonalité initiale du requiem. Je peux vous assurer que rien de tout cela n’était planifié ! Du coup, j’immobilise l’harmonie pour les deux derniers vers.

Et lorsque épuisés nous nous endormirons
Ce sera déjà demain

Le thème de la danse conclut délicatement le mouvement, de façon presque irréelle.

Je suis plutôt satisfait de ce mouvement, sauf sur un point : l’ensemble manque d’unité, notamment thématique. Les différences parties s’enchaînent de façon souple mais sont finalement peu développées et ne permettent pas à l’auditeur de ressortir avec une mélodie dans l’oreille. Mais le temps de la composition et celui de l’audition n’est pas le même. Tel passage qui me demande des heures de travail ne dure au final que quelques dizaines de secondes. J’ai l’impression d’avoir déjà passé beaucoup de temps avec tel ou tel thème ou motif rythmique, alors que l’auditeur se familiarise à peine avec lui.

Et puis, j’ai une légère tendance au madrigalisme – c’est-à-dire à faire coller au plus près texte et musique -, ce qui ne va pas dans le sens d’une conception plus unitaire du mouvement. L’exemple frappant, c’est le traitement du vers

Des chants de lutte, des chants de paix, des chants d’amour

qui donne lieu à une caractérisation presque excessive de chaque mot, commençant de façon presque martial et s’achevant de façon plus lyrique. C’est vrai que du coup, on n’a pas le temps de se lasser. Mais je me dis qu’avec plus de métier, je devrais réussir à développer mieux mes motifs et maîtriser mieux la structure des mouvements.

Et alors, me direz-vous, c’est fini ? Eh bien … non ! D’abord je dois réécrire le 2ème mouvement, qui n’est pas assez bon, que ce soit au niveau du texte ou de la musique. Et ensuite, il faut que j’orchestre le tout, ne serait-ce pour que la partition soit jouable et chantable. Bref, il me reste du pain sur la planche !

En attendant, n’hésitez pas à me donner votre avis sur ce dernier mouvement.